Partager l'article ! Peut-on manger la chair de son frère ! (Partie 2): C’est un méchant métier que celui de médire, À l’auteur qui l’embrasse il est toujours ...
Selon Abû Huraîra : « Le croyant est le miroir de son frère ; s’il voit un défaut en lui il le lui corrige. »[10] Ibn Battâl relate que la haine et la jalousie sont à l’origine des
suspicions car on a tendance selon ibn e-Tîn a interprété en mal tous les agissements de la personne que l’on déteste ou que l’on envie. L’auteur de Fath el Bârî nous apprend que la personne jalouse désire ardemment voir s’évaporer un bienfait dont peut jouir autrui. La jalousie a donc un sens plus
général que le fait de veiller personnellement à faire disparaître ce bienfait en question ; une telle attitude relève plutôt de la persécution ou du harcèlement. Dans le cas où la personne
jalouse n’affiche pas son animosité ou ne cherche pas à envenimer les relations, en sachant que la religion condamne le sentiment de haine éprouvé envers son frère, il faut ici en chercher la
raison : soit elle en fut incapable de sorte que si elle en avait eu les moyens elle ne se serait pas gênée pour le faire, auquel cas celle-ci est condamnable ; soit elle fut motivé par la
crainte d’Allah, auquel cas elle est susceptible de recevoir Son pardon. Si elle ne peut refouler ses mauvaises pensées, elle a tout au moins le mérite de ne pas les concrétiser.
D’après ‘Abd e-Razzâq, selon Ma’mar, selon Isma’îl ibn Umaïya, avec un Hadith remontant au Prophète
(r) : « Personne n’est épargné par trois choses : le mauvais augure, la suspicion, et la jalousie.
-Que faut-il faire alors cher Messager d’Allah ?
-Si tu pressens un mauvais augure ne revient pas sur tes pas, si tu as quelques suspicions ne cherche pas à le vérifier, et si tu éprouves de la jalousie tu ne
dois harceler personne. »[11]
Harceler signifie persécuter ou opprimer quelqu’un à travers le vol, le mensonge, la calomnie, et en lui cherchant préjudice en premier. Selon Hasan el Basrî aucun être humain n’est épargné par la jalousie ; s’il ne fait pas suivre ce sentiment par le
harcèlement et l’injustice c’est sans conséquence. Elle consiste à souhaiter la disparition d’un bienfait dont jouit une personne que ce soit dans le domaine spirituel ou matériel.[12] Selon Abû Huraïra (t), le Prophète
(r) a dit : « Méfiez-vous de la jalousie car elle dévore les bonnes actions comme le feu dévore le bois ou a-t-il dit l’herbe tendre.
»[13]
Il n’est donc pas permis aux musulmans de se détester entre eux pour des raisons personnelles bien qu’il incombe de détester en Dieu. Allah a établi un lien de
fraternité entre les membres de Sa religion ; être des frères implique de s’aimer les uns les autres et de ne pas se haïr. C’est pourquoi, Il a interdit les moyens à l’origine des dissensions
comme la calomnie, la médisance, la jalousie, et comme souhaiter le mal à autrui. La jalousie est inhérente à l’être humain ; autrement dit l’homme n’aime pas se sentir inférieur à un autre
membre de son espèce au niveau des différents mérites : il existe ainsi trois catégories d’individus.
-Certains ambitionnent de faire disparaître les bienfaits dont jouit la personne que l’on envie, en la harcelant par la parole ou les actes.
-D’autres veulent simplement se procurer ce bienfait en question.
-D’autres enfin aspirent à voir disparaître ce bienfait sans pour autant ressentir le besoin de se le procurer.
La dernière catégorie est la pire des trois ; elle est la forme de jalousie par excellence que la religion condamne. C’est exactement cette forme de jalousie
qu’Iblis a ressenti envers Adam après avoir constaté sa supériorité par rapport aux anges. Allah en effet l’a créé de Ses propres Mains, Il a ordonné aux anges de se prosterner devant lui, Il lui
a fait connaître l’appellation de toute chose, et Il l’a installé auprès de Lui. Dès lors, Satan a mis tous les moyens en œuvre pour faire sortir avec succès, le père des hommes du
Paradis.[14]
Le prophète (r) a dit dans un Hadith considéré bon : « La
jalousie et la haine étaient les fléaux des civilisations passées. La haine rase tout sur son passage ; je ne parle pas des cheveux mais je parle de la religion. Par Celui qui détient
l’âme de Mohammed entre Ses Mains ! Vous ne serez pas véritablement des croyants si vous ne vous aimez pas. Voulez-vous que je vous informe de
quelle façon y parvenir ? Vous n’avez qu’à répandre le salut entre vous. »[15]
Il incombe donc au musulman d’aimer et de se faire aimer par ses frères par tous les moyens légitimes. Il doit éviter tout comportement susceptible de nuire à son
prochain. Par rapport à ce principe, la religion interdit de couper les liens entre les membres de la communauté.[16] Ainsi, de nombreux textes expriment qu’il est inadmissible de tourner le dos à son frère. Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a déclaré : « Les portes du Paradis s’ouvrent le lundi et le jeudi. À cette occasion,
il est pardonné à quiconque n’associe personne à Allah dans le culte, sauf à deux personnes qui ont une rancune l’une envers l’autre, et contre lesquels il est dit : Attendez que ces deux-là se
réconcilient ! Attendez que ces deux-là se réconcilient ! »[17] Attendez a le sens
dans ce Hadith de retardez. La rancune est ainsi très sévèrement condamnée étant donné qu’elle est ici liée à l’association que seul le
repentir peut effacer.
Par Karim Zentici
[1] La Bruyère a dit également : « Je définis ainsi
la médisance : une pente secrète de l’âme à penser mal de tous les hommes, laquelle se manifeste par les paroles. »
[2] Voir : Fath el Qadîr.
[3] Voir : Sahîh Sunan Abî Dâwûd (4880) et Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2/589).
[4] Voir : Tafsîr ibn Kathîr.
[5] Voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2885).
[6] Hadithauthentique ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2342).
[7] Hadithauthentique ; voir : el Adab el Mufrad.
[8] Voir : Silsilat el Ahâdîth e-Sahîha (638).
[9] Voir : el Adab el Mufrad (93).
[10] Hadith dont la chaîne narrative est considérée bonne, voir : el Adab el Mufrad (93).
[11] Voir : Fath el Bârî d’ibn Hajar el ‘Asqalânî (10/482).
[12] Voir : Fath el Bârî (10/482).
[13] Rapporté par Abû Dâwûd. Sheïkh el Albânî
l’a considéré faible dans Dha’îf el Jâmi’ (2197).
[14] Voir : Jâmi’ el ‘Ulûm wa el Hikam d’ibn Rajab (p. 327).
[15] Sheïkh el Albânî l’a considéré bon en
regard des autres Hadiths venant le consolider ; voir : Sahîh e-Targhîb wa e-Tarhîb (2695).
[16] Il existe cependant des cas où la Loi prévoit de
prendre certaines mesures préventives ou dissuasives en coupant les liens avec certains individus. L’exclusion (ou le Hajr) est toutefois soumise à certains critères qu’il faut
considérer le cas échéant. Voir : Mawqif al e-Sunna wa el Jamâ’a min Ahl el Bida’ de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïli.
[17] Rapporté par Muslim (2565) ; voir : el Adab el
Mufrad (411).